La fin de leur monde.

3 03 2010

« La fin de leur monde » est tout simplement le chef d’oeuvre ultime du groupe I AM. Pour moi, l’aboutissement de leur carrière et de toute leur démarche artistique. Le déclic final d’un parcours qu’ils ont arpenté durant ces trois dernières décennies, un grand cri avant la nuit, la dernière cartouche. Dans ce morceau cru, fort, réaliste et déterminé, sans répétitions ni refrains, ils livrent un texte puissant et mature, fruit d’une réflexion certaine et d’un constat brutal. Ne s’embarrassant ni d’un son studio à la mode ni d’un format qui séduirait les Radios (la chanson dure plus de 10 minutes), ils s’attaquent à des thèmes largement délaissés par la supposée relève de ces dernières années, tout y passe sans langue de bois ni surenchère, ils remontent aux sources du mal sur fond de Beat Old School, ici au sommet de leur art, ils explosent, exposent et maîtrisent sans failles. Ils tapent à coups de bat de Baseball sur le Hamburger géant qu’est devenu l’occident et bientôt peut être le monde et, ils tapent fort et juste, tellement juste que la chanson a été censurée en France à sa sortie (Oui censurée, vous savez, comme en Chine ou en Iran là… ). Donc, que vous aimiez le Rap ou non, il vous faut absolument découvrir cette chanson et lire attentivement les paroles (proposée en intégralité ci-dessous) d’une profondeur et d’une clairvoyance à toute épreuve, qui échappera à beaucoup de monde. Enfin, s’il ne fallait retenir qu’une seule chanson du Rap made in France, ce serait celle-ci. Je sais que je m’avance beaucoup en disant cela mais j’assume car, avec ce texte tout simplement monumental et cette mise en image redoutable, I AM nous donne une Master Class de Rap authentique durant dix bonnes minutes de pur Flow, en redonnant sens, tripes, honneur et vie à ce style musical qui n’est plus qu’un ersatz commercial et dégénéré, peuplé d’humanoïdes Romérodiens aux torses épilés et lustrés à l’huile de Jojoba. Alors ouvrez bien grand vos oreilles, regardez le clip, repassez-le en lisant les paroles puis, allez faire quelque chose, quelque chose de bien en attendant la fin de leur monde… Pauvres fous !

  • [Edit: La vidéo à encore été censurée, il devient presque impossible de trouver la version complète, je met la version amputée en attendant… Ah ah il y en a qui n’aiment visiblement pas les allusions au jonglage de Lance Roquette ]
  • [Edit 2: Bon j’ai trouvé une version complète, l’image et le son ne sont pas top mais au moins on a l’intégralité de l’ouvre et c’est l’essentiel.]

Groupe: I AM.
Album: Saison 5
Année: 2007

Titre: La fin de leur monde (version intégrale non censurée).
Line up: Shurik’N et Akhenaton.

Paroles:

Shurik’N:

Regarde ma terre en pleure,
Mais les choses ici prennent une telle ampleur.

Les fils partent avant les pères, y a trop de mères en sueur.
Quand les fusils de la bêtise chantent le même air en cœur,
Le mangeur d’âme à chaque repas s’abreuve de nos rancœurs.

Je l’entends toutes les nuits, las des fantômes qui la hantent,
Las de leurs complaintes, tellement que des fois elle en tremble.
Par le sang de la haine, constamment ensemencée, au pas cadencé,
Quand ce dernier chasse le vent hors des plaines.

Rien n’a changé depuis, où je vis, Juifs, Catholiques, Musulmans,
noirs ou blancs, fermez vos gueules, vous faites bien trop de bruit.

Comme ces orages dont l’eau se mêle à nos larmes,
Et leurs chocs sur le sol aride dont l’uranium à voler l’âme.

Je veux pas d’une ville aux cimetières plus grand que la surface habitable.
Même si paraît que de l’autre coté tout est plus calme, plus stable.

Je veux pas qu’après le jour J, les survivants survivent sous le néon,
Trop proches du néant, car le soleil les prive de rayons.

Les artères pleines d’amer comme un caddy au Géant,
On charge, on charge, à la sortie c’est tout dans les dents.

J’crois que c’est dans l’ère du temps, chacun cherche son bouc émissaire.
Ouais, d’une simple vie ratée à l’envoi d’une bombe nucléaire.

L’amour manque d’air dans leur monde, nous on suffoque, tout ce qu’on supporte,
Ca pressurise, et c’est les psys qui vont exorciser.
Que quelqu’un me dise, si j’ai des chances de voir enfin la paix exigée.
Qu’un jour les abrutis s’instruisent.

Perché sur ma plume, j’attends ce moment, observe ce bordel.
De petites flammes montées au ciel, pour elle j’ai saigné ce gospel.
« Héra » se barre à tire d’ailes; las de la sève qu’on tire d’elle.
On clame tous ce qu’on l’aime, mais aucun de nous n’est fidèle.

Jalousie et convoitise, se roulent de grosses pelles.
Quand les problèmes viennent, on règle ça à coup de grosses pêches.
Et pendant ce temps là, certains amassent des sous par grosses bennes.
Devine qui est ce qui creuse mais avec des plus grosses pelles.

Quand est ce qu’on y arrive, là où le bonheur désaltère ?
Où le futur se construit, sans cris, sans mecs à terre,
Ni de centrale en fuite rien sur le compteur Gegere.
Et finalement conscient qu’ici, on est que locataire.

Tu parle d’une location, regarde un peu ce qu’on en a fait.
Quand le vieux fera l’état des lieux, on fera une croix sur la caution.
On aurait du le rendre comme on nous l’a donné,
Clean, sans taches, et innocent comme un nouveau né.

Seulement les nôtres meurent de faim en Afrique.
Et y a pas assez de fric pour eux, alors la dalle faudra la tempérer.

Les hommes tombent sous les rafales racistes,
Mais on peut rien pour eux,
Alors les balles faudra les éviter.

Le cul devant la télé, occupé à rêver,
Le doigt poser sur la commande, on se sent exister.
On râle, on gueule, on vote, espérant que ça va changer,
Mais dresse tes barricades et tu les verra tous hésiter.

Garni d’incompréhension et de stèles géantes,
Le globe rêve de compassion et de bourgeons renaissant sur ses branches.
Les mêmes qu’on laissera crever un soir de décembre, dans le silence,
Juste un bout de carton pour s’étendre.

Tout le monde à ses chances, de quelle planète vient celui qu’à dit ça ?
Un homme politique, je crois, live de Bora Bora.
Pendant que les foyers subissent, façon tora tora,
Mais bon c’est bien trop bas, alors forcément il ne nous voit pas.

Parole et paroles et paroles, ils ont promis monts et merveilles,
Mais les merveilles se sont envolées,
Il reste que des monts, mais c’est raide à grimper,
Et au sommet, y a que des démons en costumes cendrés.
Et en bas, c’est les jeux du cirque, César Avé.
Parce qu’on va se faire bouffer par des fauves qu’ils ont dressés.
On note une sévère chute de sang sur la map, une montée d’air noir.
Un jour on payera cher pour une bouffée d’air pur.

Ici c’est chacun sa culture, chacun son racisme.
Seulement sur fond blanc, c’est le noir qui reste la meilleure cible.
Les temps changent c’est sur, mais y a toujours des irascibles.
Ils ont le bonjour d’Henry, d’Arron, Mormeck ou Zinédine.

A l’heure où les gens dînent,
Y en a encore trop cherchent,
Pour eux pas de 8 pièces, ils crèchent au parking.
Tout le monde s’en indigne,
Ca dévalue le quartier, ça effraye mémé.
Et on sait bien ce que mémé va voter.

Du haut de leurs tours de biz’, droites comme la tour de Pise.
Jumelles sur le pif, ils fractionnent, divisent à leur guise.
On s’étonne ensuite que ça finisse en fratricide.
Car tout ce qui compte c’est de gonfler les commandes de missiles.

Vive la démocratie, celle qui brandie la matraque, face à des pacifistes.
T’es pas d’accord, on te frappe.
Multirécidivistes : c’est jamais ceux là qu’on traque.
Ils vivent en haut des listes et mettent leurs tronches sur les tractes.

Ce monde agonise, vu ce qu’on y fait, c’était prévisible.
Comme la goutte sur le front, dès que la merde se profile.
Mais la peur atrophie les cœurs, peur de tout ce qu’on connaît pas.
Alors on se barde de préjugés débiles.

De partout les extrêmes dominent, en Prime Time,
A chaque fois qu’ils déciment une famille.
Et bien avant ces régions où sévit la famine.
Image trop crue pour un beauf devant sa viande trop cuite.

Lui qui croyait que l’euro ferait beaucoup d’heureux.
Pour les vacances faudra attendre un peu ou gagner aux jeux.
Mais là c’est pas trop l’heure, demain très tôt y a le taffe.
Comprend ce monde va trop vite, aucune chance qu’on le rattrape.

Sur la route des principes, ils ont mis des pièges à Loups,
Des gilets dynamites, et des skeud y en a un peu partout.
Faudra faire gaffe aux mines, aux puits d’où la mort s’écoule.
Il a beau être vif, mais à la longue il évitera pas tout.

Et un de ces quatre il finira par tomber,
J’espère qu’il y a aura quelqu’un pour aider le prochain à se relever.
J’espère qu’il sera pas comme le notre, aigri et crever.
Et j’espère surtout que celui-là essayera pas de se faire sauter.

Akhenaton:

Tu sais, on vit dans la télé,
Le globe s’est fêlé.
Ils servent de l’emballé mais en vrai c’est la mêlé.

On s’prend à espérer des choses simples.
Mais leur fabrique à peur s’est mise en branle.
Tout ça pour les dérégler.

Cris sans cicatrices, terreur dans la matrice.
Ils disent qu’une vie de plus à New York Paris Londres ou Madrid.

Alors c’est comme ça une échelle dans la peine.
On aime ces catastrophes quand des gens manquent à l’appel.
Surtout s’ils nous ressemble, on les film à la morgue.
Et nous dans les sofas content d’échapper à la mort.
Il reste dans les cœurs l’anomalie appelée peur.
Et grâce à ça de toute part ils ont recours à la force.

C’est une révolution, cette fois elle est de droite.
Voilà pourquoi le chantage à l’emploi dans pleins de boîtes.
Voilà pourquoi ils veulent à tout prix implanter la croix.
Et face à la télé souvent on les croit dans leur droit.

Ils disent c’est humanitaire,
Mais ils niquent les mers et la terre pour chaque écart c’est la guerre.

Si le quotidien est précaire,
C’est qu’ils nous dressent à être délétères et se contenter de joies éphémères.

Si l’Afrique est en colère, c’est parce que les trusts la pillent.
Seuls les généraux corrompus coopèrent et jouent des vies au poker.
Est-ce que la rancœur et le désir d’revanche est tout ce qu’on leur a offert?

On parle du droit des femmes quand leurs maris les frappent,
Avec des clichés religieux sortis tout droit des fables.
Comme ci ici elles étaient bien depuis le Moyen-Âge.
Mais c’est en 46 que c’est ouverte une nouvelle page.

Maintenant elles nous valent, on dit dans les ouvrages:
Pourquoi elles touchent moins de pognon à compétences égales ?
Pourquoi elles seraient moins faites pour êtres responsables ?
Alors qu’elles nous ont tous torché le cul nu dans le sable.

On force sur la boisson, parie sur les canassons,
Mais la réalité c’est qu’ils nous font bouffer du poison.
Et dans l’hôtel du bonheur beaucoup font la valise,
L’espoir tué par des fanatiques libéralistes.

Pas de bombes S.A.L , ni de grosses salves.
La stratégie est simple ils exploitent et ils affament.

Quand on les voit à la télé ces cons ont l’air affables,
Mais le monde est à genoux quand ces bandits sont dix à table.

Des comptes sous faux noms ils prétendent agir au nom de la liberté,
Mais c’est la monarchie du pognon.

La France et les States par factions interposées,
Se livre une guerre en Afrique, et tu veux rester posé ?

Freedom par-ci démocratie par-là…
Mais j’ai mater sous la table et j’ai vu que c’était que des palabres.

La vrai mafia non la cherche pas en Calabre ni dans ce bled.
Où dans les quartiers pauvres à quarante ans on tombe malade,
A fumer du mauvais tabac et manger de la merde.
Où le xanax fait un tabac avec l’alcool fort.

Les rues deviennent des grosses forges.
Et le métal y est commun monté sur grosses crosses.

La violence au quotidien de tant de gosses pauvres.
Et moi j’attends l’apocalypse après cette apostrophe.
J’en ai marre de tous ces mensonges qu’ils colportent.
Pour les servir , dans de nombreux cas il y a mort d’homme.

Tous terroristes j’entends leurs théories.
Venter le sacrifice pour des principes c’est horrible.
Les mômes survivent nourris à l’eau et au riz.
Pendant que leur pouf se baladent à Aspen ou St Morritz.

La flore crame la faune canne.
Dit : c’était des barbus qui lâché l’agent orange sur le nord Vietnam ?
Non c’était les boys mais qui peut m’indiquer la justesse d’une cause.

En partant de là chacun écrit ses droits.
Désolé je trouve aucune excuse à Hiroshima.
On peint l’histoire comme on colorie vite une image.
Et peut importe qui se fait tuer chaque fois je le vit mal.

On croit en nos gendarmes qui servent et nous protègent.
Du moins, est ce au Rwanda quand ils jouent du lance rocket ?
Pour placer le pantin qui conviendra a la France.
Une casserole de plus au ministère de la défense.

Il se crêpe le chignon au fond ils sont ignobles.
Sur la conscience des députés y en a plus d’un million.
« Quand ils faut des aiguilles nos politiques ont des chignoles »
Défilent sur des chars le 14 , ils se bignolent au son de la marseillaise.

Et d’une imagerie guerrière qu’ils veulent tranquillement refiler aux élèves,
De leur appart dans le 16, On voit un tableau différent.
Ils disent croire en dieu mais croient en ce qu’ils possèdent.

Ils trouvent même pas un corps dans les ruines du World Trade,
Mais sortent des débris le passeport de Mohamed.
Je peux plus exprimer combien on trouve ça grotesque.
Tu comprends pourquoi « ça le désire » dans les bibliothèques.

Au collège de le vie ils jouent les profs d’histoire,
Et abreuvent le quotidien de milles sornettes illusoires.

On a battis une forteresse on l’a nommé Alamut.
Coincé physiquement entre garde à vue et garde à vous.
Compte tenu de la pression patriotique,
J’admire les gens de gauche en Israël, en Amérique.
Est ce qu’on vaut mieux en France ?

Désolé si j’insiste mais regardons nous franchement,
On est aussi raciste, ensuite on vend de la liberté au marché public,
Putain le drame avec les valeurs de la république.
La république, elle passe ces week-end en régate.
Puis se prostitue de toutes part pour un airbus ou une frégate.

Elle exécute dans une grotte des opposants Canaques.
Et mange à table avec des gars style Giancanna.
Puis explose le rainbow warriors.
Et dessine les frontières du tiers monde à la terrasse du Mariot.

Sponsorisent les fanatiques aux 4 coins du monde.
Les entraînent aux combats et manipuler les bombes.
Le collier casse, ces cons échappent à tous contrôles.
Et quand ils mordent la main du maître alors on crie aux monstres.

Ils discutent notre futur autour d’un pichet.
Pour notre sécurité zarma, ils veulent nous ficher.
C’est la france de derrière les stores.
Et j’en ai marre de me faire gruger,
Par des tronche de dispenser de sport.

Je me bat pas pour la porche mais pour un meilleur monde.
Avec mes petits bras.
Souvent à cette époque où la terreur gronde,
Où la frayeur monte, je travaille sur moi chaque seconde.
Pour être un meilleur homme.

On vit en ces temps où dans un taudis de Paris.
36 gosses meurent brûlés vifs quand les demandes en HLM dorment
Depuis des années dans les archives.
Alors que des employés de la mairie en obtiennent avec terrasse et parking.
T’appelle pas ça du racisme ?

Après ils pleurent quand perdu on revient aux racines.
ils ont caricaturés nos discours radicaux
Et l’on résumé par Wesh Wesh ou Yo Yo !

Nous complexé, si peu sûr de soi,
On s’interpelle entre nous, comme rital, rebeu ou renoi.

Chaque jour, la grande ville resserre l’étreinte.
Et tu peux voir les noms des nôtres évaporés écrits sur des trains.

Ma vie, un mic, une mix-tape, loin des ambitions.
De ce qui sera élu président en 2007.

J’adore ce moment où il dévoile le minois,
De qui devra tailler des pipes monumentales au chinois.

A défaut d’argent putain, donnons du temps,
Dans nos bouches le mot liberté devient insultant.
Car c’est les soldats qui le portent et non plus le vent.
Comme si le monde était rempli de cruel sultan.

Mécontent des schémas qu’on nous propose,
Je cultive maintenant les roses dans mon microcosme.
Mesure les dégâts minimes que mon micro cause.
Ca ne peut qu’aller mieux alors j’attends la fin de leur monde…

iam - la fin de leur monde - bledmiki - maska

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6 responses

3 03 2010
Bee

« Il reste dans les cœurs l’anomalie appelée peur.
Et grâce à ça de toute part ils ont recours à la force. »
« Je me bat pas pour la porche mais pour un meilleur monde.
Où la frayeur monte, je travaille sur moi chaque seconde. »
Mécontent des schémas qu’on nous propose,
Je cultive maintenant les roses dans mon microcosme. » Juste quelques phrases pour ne pas recopier les paroles en entier..
En tout cas, merci Maska de m’avoir fait decouvrir cette chanson de I AM, comme je ne suis pas du tout « rap » peu de chances que je l’ecoute ou la lise ailleur.

17 03 2010
Maska

Ah mais de rien Bee, c’est justement pour ça que j’ai posté cette chanson ici 😉

9 03 2010
dzflickrs

sisi IAM ramene toujours des textes mieux que 1000 discours des officiels.
jolie blog …

14 03 2010
Ambre PRADIER

J’aime beaucoup ce post, je reviendrais !

24 04 2010
dzpixel

respect

7 06 2010
jee

c’est merveilleux j’vais copier ça pour mon oral de francais merci

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