[Décryptage] Baaziz et le dernier château

11 04 2009

Comme beaucoup d’algériens et d’algerois, j’ai reçu ce message sous forme de chanson accompagnée d’un clip qui avouons-le, semblait arriver à point nommé sur le « calendrier dz » actuel de la part de Mr Baaziz.

Vidéo Clip : Baaziz – Bladi Ya Bladi
Si vous ne l’avez pas encore vu,
merci de prendre le temps de le faire pour comprendre la suite de l’article.

Bien que l’artiste s’en défendit, sa chanson ne manqua pas de créer la polémique du moment, alimentée par tous types de personnages l’accusant d’être à la solde des puissants, étant donné que le clip en question fut diffusé en boucle dans les médias algériens et qu’il était donc de facto, récupéré par le pouvoir pour promouvoir sa propre hégémonie, à cette veille d’élection présidentielle. Mais bon, à la limite, ce n’est pas bien grave en soi et le problème n’est pas tant que l’un des derniers rescapé de la décennie noire (cf. Hasni, L.Matoub, K.Messaoudi etc.) Mister Baaziz, le chanteur libre (hacha djezzy) et contestataire fasse un clip archi-cliché (mais non moins subversif on le verra plus loin) sur une Algérie fantasmée où les les Zawaliya ramassent les portefeuilles bourrés de fric des petites jeunettes sexy qui bossent en Call Center pour le leur rendre dans un grand sourire avant de tailler la route. Où l’on voit des jeunes étudiantes toutes contentes d’avoir leur diplôme reconnu nul part. Où les jeunes hommes s’en foutent de ne pas avoir de boulot du moment qu’ils peuvent s’amuser ensemble devant un match de foot dans lequel l’équipe nationale gagne (si, parait qu’elle gagne des fois…). Où le très vieil éboueur, assis parterre, semble au bord du suicide à la simple vue d’une bande de tout-petits qui s’amusent à la balle devant lui. Ou encore, le garçon désespéré qui décide finalement de laisser tomber ses amis d’enfance qui montent sur une petite barque vers un ailleurs incertain et de ne plus se sauver du pays pour rentrer à la maison, son sac sur l’épaule et… heu, ça le clip ne le dit pas, enfin, on peut imaginer qu’il va demander un prêt ANSEJ ou un truc du genre, ha ha la bonne blague ! Bref, ce clip est plus trouble qu’il n’y parait au premier regard et la question n’est pas tant l’image mais le message que semble vouloir nous transmettre le chanteur et pour tenter d’y répondre, un petit décryptage s’impose.

Comprenez-moi bien, un clip, ce n’est pas qu’une suite d’images prises au hasard et plaquées sur de la musique. C’est de la mise en scène d’idées, de symboles, de messages bien précis, où chaque plan de caméra, chaque élément de décor est pesé, travaillé et pensé longtemps à l’avance. Ainsi, j’ai été fort surpris de me rendre compte au bout de quelques secondes de visionnage que la vidéo était tournée à Alger, El Behdja, plus connue sous le doux  nom d’Alger la Blanche et que pourtant, malgré les paroles d’espoir véhiculées dans ladite chanson, tout du long de ce clip, la ville semble comme plongée dans une sorte de lumière lugubre, oppressante, bleuâtre et crépusculaire, rien à voir avec l’éclat des villes d’Afrique du nord qui nous réchauffent le coeur. D’ailleurs, notez bien le début du clip, Baaziz, le chanteur qui est pourtant si familier d’Alger est mis en scène comme un voyageur qui arriverait dans une ville étrange, la première personne qu’il croise est un éboueur, il s’arrête et se met à regarder autour de lui comme s’il était dans un endroit inconnu, les personnages y semblent pris au piège de ces ombres portées sur leur destin. Pas un seul rayon de soleil éblouissant, pas de lumière au rendu naturelle à l’image, rien. C’est très frappant, on ne reconnaît la véritable lumière d’Alger sur aucun plan, aucune ruelle, aucun mur, aucun visage.

Assez étrange pour un clip sensé l’encenser non ? On se croirait plutôt dans un monde parallèle, figé dans le temps, où tout semble inversé, factice. On nous montre un décor, un petit théâtre représentant l’Algérie de certains, où tout représentant de l’état y est soustrait, absent, où tous les personnages sont enfermés dans leur propre rôle, livrés à eux même, des acteurs conscients de leur propres tourments, en somme, qui jouent à être heureux, exhibés à nous, algériens bien réels, qui les regardons, pour une mise en abyme parfaite. Et bien sûr, dans le rôle du maître des clés, du passeur, du témoin, Baaziz.

Vous n’y êtes toujours pas ? Très bien, je parlai de symboles plus haut. Y a t-il plus fort symbole pour nous que le drapeau Algérien ? Y a t-il plus parlant pour le peuple que de brandir l’étendard vert rouge et blanc quand on veut lui adresser un message direct et sans détour ? Et bien remarquez que dans ce clip, le drapeau national apparaît plusieurs fois. Dans des écoles, sur des bâtiments officiels ou encore, aux mains des fameux supporters de Foot. Vous allez me dire que c’est tout à fait normal pour une chanson qui glorifie l’Algérie et je vous répondrai sans hésiter oui, peut-être, sûrement même.

En fait, c’est assez subtil, mais si vous y regardez de plus près, à chaque fois que le drapeau du bled apparaît, il est… comment dire… flottant à l’envers ! Non non, vous ne rêvez pas, le vidéo clip qui passe à la télé pour renforcer l’unité nationale et accessoirement dire aux gens d’aller voter montre un pays plongé dans des ténèbres crépusculaires et représenté par un drapeau toujours à l’envers, sauf dans la scène finale, où le peuple se rassemble en courant, se déversant dans les rues avec frénésie et jubilation comme pour échapper au cliché dans lequel il était enfermé et brandit (sans trop y croire) le drapeau du pays et cette fois seulement, il est bien à l’endroit. Encore une fois et, au risque de me répéter, un clip n’est pas une suite d’images prises au hasard et le fait de montrer le drapeau d’un pays à l’envers, surtout dans un clip comme celui là, quand on connaît sa porté, son poids, sa provenance, les moyens mis en oeuvre pour le réaliser (un projet d’une année selon l’auteur) et son instrumentalisation, ce n’est pas anodin, c’est même très important, en fait et pour reprendre les mots encyclopédiques exactes de Wikipedia, le message transmit par cet acte est le suivant:  «Un drapeau flottant à l’envers peut signifier que la base ou les bâtiments où il flotte sont passés aux mains de l’ennemi. C’est également un signe de détresse international universel». (Efham Ya’l Fahem…).

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12 responses

11 04 2009
kamel urgent

Merci el hadj miki!! antaya bezaf wa3er…je salue ton sens aigu de l’analyse photographique et ton oeil magnum 45 à la clint eastwood. Juste un dernier mot: malgré les efforts de Baaziz à se décharger de son  » retournage de veste », il n’en demeure pas moins qu’il ne fait pas assez pour se déculpabiliser: baaziz rak ga3r’tha gaa…on avait besoin de toi de l’autre coté

12 04 2009
Maska

De rien ya el hadj kamel !

Merci pour ton commentaire, ça fait vraiment plaisir. Par rapport à Baaziz, c’est vrai qu’il n’a pas fait parti du mouvement Boycott 2009, mais personnellement je ne peux pas le juger, il est libre, on ne peux pas exiger de quelqu’un qu’il nous suive politiquement, pour autant, il a réalisé un clip, et dans ce clip comme expliqué dans l’article, il a essayé de faire passer son message à sa façon malgré la censure et a même réussi à le faire diffuser sur tous les média Algériens, c’est personnellement ce que j’appelle un Glissage de Quenelle Magistral !

A bientôt

11 04 2009
dark39

Salut Maska, c’est à mon tour de te retourner le compliment et de te dire, magnifique article comme tous ce que tu écris d’abords, bon je voulais parler de ce clip qui d’ailleurs m’a surpris quand je l’ai vu pour la première fois et à chaque fois que je mettais la chaine national je tomber sur se clip, au début j’ai cru à un message subliminal cacher et qui aller nous hypnotiser et pousser à aller voter sans qu’on le veuilles bref je me suis imaginée des tas de choses sans vraiment réussir à percevoir sa réelle portée mais on lisant ton article et en me concentrant sur le clip j’ai compris et je te dis chapeau bas l’artiste car pour moi t’as le regard fin d’un artiste.
ya3tik saha Maska.

12 04 2009
Maska

Salut Dark,

Merci ça me touche beaucoup, wallah.
Quant au clip en question, j’ai comme toi été surpris en le voyant la première fois à la télé et, j’ai aussi senti des vibrations bizarres venant de cette réalisation, je suis donc allé sur le net pour essayer de réécouter tout ça tranquillement et là comme on dit, la lumière fut 😛

11 04 2009
drvader

bonne analyse vraiment :), mais n’en pèche de mon point de vu tu na pas continuer ton analyse (il faut être neutre dans ce genre d’analyse) certe tu na pas donner ton point de vu « fham Ya’l Fahem » mais tu aurais pus aussi continuer pour quoi après le drapeau est dans la bonne position sans donner ton point de vue bien sur et ne pas t’arrêter sur un drapeau flottant a l’envers à l’envers en gras :).
pour moi sa veut dire que quand le peuple est uni (personne n’est ennemi de personne) dernière scène le rassemblement du peuple.

concernant baaziz est bien peut être il a réaliser qu’il faisait plus de mal que du bien.

bonne journée maska.

12 04 2009
Maska

Hello DrVader,

Merci du compliment ça me va droit au coeur,
concernant l’article, comme tu le soulignes, je n’ai pas voulu prendre parti, je me suis contenté de faire un petit décryptage en essayant de mettre en évidence le sens caché qui pourrait s’y trouver, je laisse ensuite le soin à chacun d’en tirer ses propres conclusions ou analyses, j’ai été tenté d’ajouter un paragraphe à la fin pour donner mon avis, mais je j’ai préféré mettre un petit (el fahem yafhem) à la place, pour lancer le débat comme on dit, au lecteur, s’il le souhait, d’ajouter son propre point de vue, ou de me contredire…

Et je constate que tu as ton propre avis sur la question, pour toi « personne n’est ennemi de personne » quand le peuple est uni dans la dernière scène, c’est aussi mon point de vu, mais ça aurait été moins drôle de l’écrire que de voir un ami lecteur proposer cette approche pour en suite en discuter. 🙂

Au plaisir et bonne soirée.

24 04 2009
dadou3x

excellent article, la preuve j’ai mis du temps à le lire, sinon baaziz est passé de l’autre côté le jour ou il est devenu fréquentable (merci djezzy & co)

anyway, j’arrive à alger très bientôt j’espère qu’on aura l’occasion de se voir.

8 05 2009
Karim

Salut tous, ‘lu Maska,

Je recherchais les horaires de la prière, je suis tombé sur Lekra3.com, puis j’ai rebondi sur bloginy à partir d’un article, pour atterrir finalement sur ton blog dans sa section meilleurs blogs.

Aussitôt arrivé je visionne le clip. Ensuite j’ai lu ton article que je trouve très intéressant (et qui m’a inspiré pour essayer de décrypter le numéro d’immatriculation du Taxi au début, sauf que j’ai rien trouvé lol.) Tes idées sont très intéressantes : )

Une de mes impressions: ce clip ne fait que rééxprimer un sentiment partagé entre beaucoup, on le lit chaque jour dans les journaux, et on se le raconte souvent sous différentes formes, et qui se résume à un truc du genre: « mon pays me fait du mal*, mais je l’aime quand même, » ou quelque chose qui s’y apparente.

Hmmm, je ne sais pas vraiment comment appeler ça, en tout cas c’est bel et bien une idée collective. La politique n’a jamais été mon fort.

Enfin, j’espère que les temps futurs seront meilleurs.

En tout cas bravo Maska pour ton blog, je te souhaite la meilleure des continuations.

Je vous souhaite à tous d’agréables moments, ciao à la prochaine!

K’

18 07 2009
hnawelhik

comme tout le monde j’ai du voir et revoir le clip, presque en image par image et voir s’il y’a pas un image caché un message subliminal, d’une carte pré payé a nous fair vendre la plaque d’imatriculation des chifre caché un code secret un Davinci code a l’algérienne, chargithom sur le portable etoile et dièse rien walou ça marche pas.
j’ai preque brulé toute mes neurones jusqu’à se que je me dis mais hada c’est juste un clip d’un surhomme qui a l’aide d’une guitar fait courire une centaine de figurants dans des escaliers un clin d’œil au filme « TAhya ya didou », pour les reunir autoure de lui encore un message t’a3 zoudj dourou du reunificateur le messie abdeka l’homme qui nous aime et quifait juire toute ses personne d’un simple bladi ya bladi. le soir meme j’ai tenté l’experience j’ai pris la guitare cassé que mon frere a l’aissé avant de se baré de se bladi ya bladi, mais a ma surprise je n’ai vus que des sourire moqueur et des visage fermé, haw mahboule djdid.
Meska you are the best mais toi tu aurai fait le clip comment?

3 08 2010
taoui

sil vous plais mes chers lecteurs et lectrice critiquez avec moi la s*** race j**** de la GAM Assurance !

__________________________
Modération: le 10/08/10
__________________________
Non Mais ça va pas la tête ? Faut aller vous faire soigner monsieur parce que là c’est grave hein…
J’ai été tellement effaré par ce commentaire que j’ai décidé de ne pas le supprimer, tellement le mec est complétement à coté de la plaque, du sujet et de ses pompes, limite performance d’art contemporain.
Non mais sans déconner quoi !?

25 09 2010
ryaaad

A la bruce springsteen et son born in the USA sorti o momment d election é utilisé pour la campagne alr k’il été bourré de msg contre clui ki l’a utilisé =) jM bien

25 09 2010
ryaaad

Wow je viens de remarquer le nombre de fautes d’autographe :S dsl j’ai écris rapidement ce que je pensais sans faire attention a comment je l’écrivais =)

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